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Le changement les changements se constatent de toutes parts, sans que pour autant nous l'admettions nécessairement. Le changement climatique, contesté par certains, est perçu comme une menace pour la survie de la planète, c'est à dire de l'homme qui en est responsable...

 

Depuis les pré-socratiques, qui affirmaient que jamais on ne se baignait dans la même eau du fleuve, jusqu'au biologistes qui démontrent que notre corps se renouvelle sans cesse par la mort et la naissance constantes de nouvelles cellules, nous vivons ce paradoxe décrit par Giuseppe Tomasi di Lampedusa dans "le Guépard", qu'"il faut que tout change, pour que rien ne change".

 

Nous constatons l'évolution de tout notre environnement, ainsi que de nous mêmes : nous changeons de lieux, d'idées, d'alimentation, de travail, de vêtements, de rythmes, d'attitudes, voire de conjoint(e), d'amis, de langue ou de croyance religieuse... Nous changeons bien, et beaucoup, mais pouvons-nous dire que nous y sommes pour quelque chose ? Décidons-nous délibérément de devenir autre, ou ne sommes-nous jamais que transformés par l'influence du monde en perpétuel devenir ?

 

La résistance de l'église catholique aux thèses de Darwin (1809-1882) sur "l'Origine des espèces" illustre notre difficulté à accepter notre propre évolution et à accepter l'idée que dans la nature, tout résulte d'une évolution, c'est à dire d'un changement, résultat d'une sélection naturelle qui ne devait rien à une intervention divine.

 

Dans l’un des plus beaux textes de l’histoire de la philosophie, au début du “Traité pour la réforme de l’entendement”, Spinoza, reprenant Epicure, raconte comment il s’est mis en quête d’une « vie nouvelle ». Sa méthode ? Non pas changer du tout au tout, mais écarter certains désirs vains (richesse, honneur, plaisir des sens) pour découvrir ce qui procure une joie durable et véritable. 

 

“Devenir soi” : étrange expression qui nous ramène à l'étymologie de l'existence: Exister vient du latin ex-sistere : littéralement, “se tenir hors de soi”. Exister, c’est être un pro-jet : un être jeté devant soi, en incessant devenir.

 

Peut-on changer, ou l’individu est-il traversé par des courants sur lesquels il n’a pas prise ? Comment se prétendre auteur de sa propre évolution ? Voilà l'urgence à changer : qui ne s’est adapté est perdu, et ceci se vérifie pour les personnes physiques et surtout morales, c'est à dire les entreprises ; si elles ne se transforment pas, elles se trouvent condamnées, comme l'industrie textile du nord de la France à la fin du 19ème ou les entreprises du 21ème, confrontées à la révolution numérique. Le changement est anxiogène: peur de se jeter dans l’inconnu, changer, c’est dangereux. C'est risquer de se perdre.

 

Voilà pourquoi certains hommes s’accrochent désespérément à ce qu’ils sont. Des “incorruptibles” refusant de devenir étrangers à eux-mêmes. Ils se vantent de ne pas changer, ils y voient une vertu : la tempérance. Je suis, je reste, ce “je” qui persiste et signe, qui ne peut devenir autre. Les conservateurs refusent d’être girouettes. Mais les vents changent pourtant. Leur prétention à la permanence détonne dans une société de consommation du tout-nouveau/tout-beau, où les valeurs morales mêmes fluctuent. Le conservateur ne suit pas la mode. Il prône, dans son maintien, une intégrité -un intégrisme diront ceux qui n’y voient qu’une façon crispée de s’accrocher à des principes caduques. 

Hegel donnait une belle définition de la Loi: l'image calme du changement. On vérifie cette définition lors du vote de lois qui vont modifier en profondeur notre société: séparation de l'Eglise et de l'Etat au début du 20ème siècle, abolition de la peine de mort à la fin du siècle, mariage pour tous - pour ne pas dire homosexuel, au début du 21ème.

 

Ces lois accompagnent des évolutions de pensée ou de mentalités, et façonnent durablement une société plus apaisée, même si leur vote est marqué par l'expression de violents désaccords.

 

 

 




 

Car le monde change : nous vivons dans le présent. Nos pensées, nos comportements, les plus intimes, nos convictions, dépendent de la société qui nous définit. Nous sommes ensemble : chaque être humain est un être en relation, et cette relation le redéfinit sans cesse. Les conservateurs ne conservent que des vestiges. Nous changeons comme l’eau du fleuve se renouvelle. Tout coule en ce monde mouvant. Vouloir se conserver intégralement serait pure vanité. Autant s’adapter.

 

“Sculpte ta statue”: l’ambition est de se façonner soi-même, pour “se trouver” soi. Qui suis-je ? Je suis ce que j’ai été : les multiples expériences passées qui ont forgé mon caractère, toutes ces empreintes en moi qui me constituent, sont là, bien présentes ; je ne peux faire table rase du passé. Que vais-je en faire ? Je ne suis pas re-programmable comme un ordinateur, parce que je suis doté d’une mémoire jamais vidée, qui me donne conscience du changement, qui me conserve moi-même, moi, mon caractère constitué d’expériences dont je maintiens l’empreinte vivace.

 

Un passé ne fait pas un destin : à mesure que je sais qui je suis, parce que j’ai conscience de ce qu’on a fait de moi, je peux en faire quelque chose qui m’appartienne, main-tenant. En prenant mon passé pour ce qu’il est, je peux m’orienter plus consciemment vers un avenir qui m’appartiendra. Je ne suis pas responsable de ce qu'on a fait de moi, mais ici et maintenant je suis responsable de ce que je vais en faire.

 

Oser changer, plutôt que de se laisser transformer, c’est courageux, c'est refuser les attitudes consistant à prendre des plis non désirés. La nouveauté effraie celui qui, marqué par ses empreintes, s’en est fait des ornières, et se terre dans ses repères, son repaire. 

 

Pour conclure, empruntons les mots d'André Breton, qui avec le surréalisme, a ouvert la littérature à de nouveaux horizons;

 

"Transformer le monde, a dit Marx. Changer la vie, a dit Rimbaud. Ces deux mots d'ordre pour nous n'en font qu'un."

 

joël Seydoux