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La parole 

La parole est un échange fort: donner sa parole constitue un serment important.

On constate aujourd'hui lors de la révolution des gilets jaunes l'attente d'une prise de parole par le pouvoir exécutif, bien qu'on sache que cette parole soit le vecteur de l'altérité sociale et que c'est aussi une évaluation de l'autre comme l'a très bien démontré Pierre Bourdieu en 1982 dans " ce que parler veut dire". Celui qui parle s'expose au jugement de l'autre.
La parole doit être authentique notamment quand il s'agit de la parole d'un sujet dominant comme l'a bien démontré le philosophe Emerson mort en 1882: on peut  parler de ministère de la parole ou de langue de bois qui sont les signes et les marques d'une parole de domination, qui n'a que faire de l'autre. 
Les échanges d'idées, pour rester dans l'histoire et ainsi nous parvenir, se font plutôt par l'écriture mais l'écriture, qu'on appelle à ce moment-là correspondance, suppose que les deux locuteurs soient de même niveau. Dans la fable du loup et de l'agneau La Fontaine démontre bien qu'il n'y a pas d'échange d'idées dans l'échange oral,: le loup assene ses contre vérités pour justifier qu'à la fin, il mange l'agneau.
Cette distinction entre parole et vérité est ancienne. Pascal dans " Les Provinciales" dit que toutes les lumières de la vérité ne peuvent rien pour arrêter la violence et ne font que l'irriter encore plus. Pascal a été un des rares intellectuels de son époque à dénoncer le procès fait par le Saint-Office à Galilée en 1633; il écrit que le pape déteste les savants qui ne lui sont pas soumis. Il faut dire que Giordano Bruno avait été brûlé en 1600 pour avoir affirmé que l'univers était  infini. L'argument du Saint-Office pour condamner Galilée était  que dans la Bible Josué, successeur de Moïse, aurait obtenu que l'Éternel arrête la course du soleil dans la lutte des hébreux contre les amoréens. Cette affirmation servait de base à l'Inquisition  pour condamner Galilée. Nietzsche y voit la naissance de la tragédie.

La parole est chargée d'émotions; un locuteur peut parfois ne pas finir sa phrase sous le coup d'une forte émotion. La parole est de ce point de vue un vecteur de communication: parler vrai c'est s'ouvrir à l'autre Lacan écrit que l'inconscient est le discours de l'autre.
La parole est un fait culturel: l'émergence de la parole est assimilée à une seconde naissance quand l'enfant dit je il se pense comme sujet. Kant l'a très bien expliqué en 1798 dans l'anthropologie du point de vue pragmatique il prend l'exemple de l'enfant: avant il parle de lui à la troisième personne et il semble pour que pour lui une lumière vienne de se lever quand il commence à dire "je". A partir de ce jour il ne revient jamais à l'autre manière de parler. Auparavant il ne faisait que se sentir, désormais il se pense...
Joel SEYDOUX
philosophe